Shibumi, Trevanian

Publié le par Emeraude

Shibumi raconte l'histoire de Nicolaï Alexandrovitch Hel, né pendant la seconde guerre mondiale, de mère russe et de père allemand. Elévé en parti par un général japonais, il passer ses années d'adolescent chez un maître de Go. Nicolaï est assez exceptionnel, il a appris 4 langues 'au berceau' plus deux autres qu'il a acquise. Il possède un sixième sens, celui de la proximité et il a naturellement la capacité de se recueillir comme le font les moines bouddhistes après des années de pratique...
Nicolaï Hel est donc un personnage très intéressant qui va devenir le tueur le plus recherché du monde.
Deux ans après avoir pris sa retraite, une jeune fille vient chercher son aide, son oncle lui ayant longuement parlé de lui comme ami de longue date et comme protecteur si elle venait à avoir besoin d'être protégé. Ce qui va être le cas puisqu'elle se retrouve dans une fusillade lors d'une mission pour éliminer les terroristes palestiniens.

Il me semble à la fois difficile d'en parler, du moins comme il faut, et de résumer ce polar que je qualifierais à la fois de très bon et de très intéressant.

A savoir que Gallmeister a pour ligne éditoriale d'éditer principalement des auteurs américains ayant publié il y a quelques années et dont les titres sont épuisés. Ce qui est le cas de Shibumi, écrit en 1979, sorti en France chez Robert Laffont en 1981 et dont voici une deuxième traduction exquise plus de 20 ans après.

Je crois que ce qui m'a le plus plu dans ce polar ce sont les notions de culture très prononcées. L'auteur (dont, d'après la 4è de couverture on sait très peu de choses) s'attache à dénigrer la culture américaine tout en appuyant la culture orientale. Toutes les nations s'affrontent dans ce polar, chaque culture ayant ses défauts et ses qualités. Notre "anti-héros" s'étant retiré au beau milieu du pays basque, la culture basque est très importante, ce qui amène quelques touches d'humour très agréable dans ce monde où tout est calcul, élimination et vengeance...

Qant au "shibumi" c'est une notion japonais assez complexe à définir, une notion qui leur est propre. Une idée que je n'essaierai même pas de vous faire comprendre car je ne pense pas l'avoir compris moi-même.
En tout cas, elle est indissociable à la jeunesse de Nicolaï Hel qui a grandi au Japon et pour qui le jeu de Go est un moyen de défense ou d'attaque comme dans la vie.

D'ailleurs, le roman est construit sous six phases, correspondant chacune à une étape du jeu.
J'ai trouvé cette construction très intelligente, tout comme la construction intérieure à chaque phase. De longs flashbacks nous amènent à connaître l'enfance et la jeunesse de cet homme qui semble invicible, avec des yeux couleur vert bouteille, la plupart du temps inexpressifs.

Cet homme est le plus recherché du monde et pourtant, il est bel et bien notre héros. On le connaît bien, on sait comment il pense, on aimerait être son ami, sa maîtresse, mais certainement pas son ennemi parce qu'on sait qu'il est dangereux...

Je crois que je m'égare un peu mais comme je le disais au début, il est très difficile pour moi de parler de ce roman parce que ce n'est pas un polar très simple.
Il en ressort plein de choses, l'amitié, la confiance, la culture occidental face à la culture orientale, la guerre, la vengeance... tout ça sous une traduction très réussie.
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Lapinoursinette 04/02/2010 21:01


Un livre atypique! Comme toi j'ai beaucoup aimé. C'est vrai qu'il n'est pas facile d'en parler tant les thèmes abordés sont nombreux (mais Reger a beaucoup de choses à dire sur la question!) et il
m'a fallu quelques semaines de décantation avant d'écrire un billet.


Reger 15/11/2009 12:43


A noter la page wikipedia - étonnament riche - sur ce roman:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Shibumi


Reger 15/11/2009 09:40


Je viens de terminer. J'ai lu la 2nde moitié d'une traite :)

Bon: c'est un bon livre. A recommander. Enormémement de bonnes choses, malgré la limite signalée ci-dessus (qui n'est que de faible intensité, et que ne remarqueront que les japonophiles).

En fait ce texte soutenu m'a intrigué par plusieurs aspects. Cette façon élégante de laisser "l'action" pour la toute fin du livre (les derniers 20% en gros), et même de ne pas s'embarasser à y
consacrer plus que le minimum vital. L'exécition des terroristes prend à peine une page elliptique. La vengeance finale est du même tonneau. Tout ceci n'intéresse guère l'auteur. Il ne les
inclut
dans son texte que pour satisfaire au genre. Il s'en passerait volontiers.

Par contre, Trevanian se concentre sur des thèmes plus originaux. Le Japon de l'occupation américaine, nous l'avons vu. Le Shanghai fin de colonialisme. Et ces singulières passions pour les
Pyrénées occidentales et la spéléologie - avec cette longue, passionnante, interminable exploration de gouffre à mi-roman. Et puis, plus que le bruit des armes, c'est celui des couverts qui
comble
notre auteur. Deux longs repas font les temps forts du texte (au point que par instants, on a l'impression de voir un film d'espionnage à petits moyens, vous savez, où l'on se concentre plus
sur
les discussions de salon entre super-gentils et super-méchants - qui ne coutent rien à fabriquer - que sur les scènes de cascade pyrotchniques). A la limite, d'ailleurs, ces repas font penser à
un
texte écrit par un auteur mort de faim.

Sous-jacent à tout le texte est une profonde misanthropie. L'auteur est elitiste et déteste ses semblables. Il le fait sentir du début à la fin. Sur les américains évidemment, mais à peu près
tout
le monde également. Il n'aime pas ses personnages non plus - autre originalité du texte, qui ne contient absolument aucun personnage positif. On ne peut guère parler de "méchants" ou de
"gentils",
tellement le héros est lui-même négatif, par son mépris, sa sophistication vaine, sa nostalgie d'une époque perdue, son contrôle de soi maniaque et paranoïaque. Il est une sorte de des
Esseintes
raté.

Bref, bonne lecture, qui m'a fait souvent penser aux heureuses surprises que m'apportent la SF (ainsi le super-ordinateur décrit au début - signature d'un de ces nombreux textes n'ayant pas vu
venir la micro-informatique - mais dont l'auteur souligne tout de suite la limite: non pas l'obtention de données mais la capacité à en faire le tri. Exactement la difficulté moderne liée à
l'internet). J'en remercie la libraire de bon conseil qui me l'a mis entre les mains!


Emeraude 15/11/2009 11:28


A ces trois commentaires très intéressants, je ne répondrai que "merci" pour la libraire qui te l'a mis entre les mains ;-)


Reger 14/11/2009 14:22


Sinon, oui: la partie se déroulant au Japon, sur environ 100 pages, force l'admiration. L'auteur connait très bien la culture locale, ce qui se sent dans les dialogues entre personnages japonais.
Et choisir de situer l'action pendant l'occupation américaine (1945-53) est une belle trouvaille, d'autant que Shibumi date de bien avant qu'émergent des textes d'historiens sur la période.

Ma seule réserve tient à certains relents d'extrême droite ici ou là. Il faut peut-être être japonophile pour les sentir (ne retenir du conflit en Chine qu'un mitraillage de civils par un avion
chinois; prendre le point de vue comme quoi les criminels de guerre japonais étaient des victimes. Hum...). J'attends d'arriver au bout du texte pour me faire une idée définitive sur ce point.


Reger 14/11/2009 14:17


J'ai commencé, en ai lu la moitié. Intéressant, certainement. Je ne sais pas encore qu'en penser, attendons la fin du texte.

Sur la traduction: elle est tout à fait élégante, mais ne crions pas à la perfection non plus :) ("il s'est retiré" au lieu de "il a pris sa retraite"; bataille de la "Mer de Corée" au lieu de "Mer
de Corail"; ligne de métro aérien "Yamate", qu'il faut évidemment lire "Yamanote"). Mais ce sont des détails.