"La trilogie des jumeaux" Agota Kristof

Publié le par Emeraude

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Je suppose que vous vous doutez qu'avec un titre pareil, je ne pourrais pas résister !
A vrai dire, ce titre est entre guillemets parce que je l'ai piqué à la 4è de couverture. Il s'agit bien d'une trilogie, et les héros sont bien des jumeaux mais les titres sont en réalité Le grand cahier, La preuve et Le troisième mensonge.

Ce sont les billets de Amanda, que je remercie au passage pour le prêt, qui m'avaient donné envie. Et bien sûr, les héros :-)

J'ai lu les trois les uns à la suite des autres, sans faire de pause, et peut être que je n'aurai pas dû parce que je me suis un peu lassée dans le 3è. Mais faisons les choses dans l'ordre.

Le Grand Cahier est celui des jumeaux qui se retrouvent seuls chez leur Grand Mère, sale et méchante, les traitant de "fils de chienne". Leur mère les a laissé là ne pouvant plus les nourrir dans la Grand Ville, pour cause de guerre.
Les jumeaux font leur éducation eux mêmes et notent tout ce qu'il se passe dans ce cahier d'écolier.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce premier volet. A la fois sur la forme et sur le fond, en effet très très dur !
La forme est celle du cahier, thème par thème. Ce qui donne des chapitres assez courts, 2/3 pages tout au plus. Et si d'habitude ça me gêne, ici j'ai aimé parce que, bizarrement, ça m'a permis de rentrer dans le quotidien des jumeaux.
Jumeaux qui ne font qu'un. On retrouve à plusieurs reprises des "elle a lavé notre corps". Et toutes ces parties du corps qui n'appartient qu'à un et un seul sont pour eux "notre". Il y a ici pour moi une vraie question de gémellité qui, bien sûr, m'a beaucoup intéressée.
Leur quotidien est très dur et ils s'endurcissent en ne faisant qu'un, en étant toujours ensemble. Mais ils comprennent qu'ils doivent apprendre à vivre séparement et l'un traverse la frontière tandis que l'autre reste là.
Je ne vous en dirai pas plus mais ces jumeaux sont incroyables, ils sont forts, méchants, sensibles... et tout ce qui leur arrive est si... dur !

Je me suis donc empressée de lire le 2è volet, La preuve.

Où l'on retrouve celui qui est resté Lucas. (entre parenthèse, sur la 4è de couverture du 1er, on apprend le nom des jumeaux alors qu'ils ne sont jamais prononcés avant le 2è volet!). Il a l'air de ne pas réussir à vivre, ou à survivre, seul. Il dort pendant des mois et laisse tout à l'abandon.
Mais il va se reprendre grâce au curé, grâce à une femme et son enfant.
Il va vivre.
Et très honnêtement, j'aurai dû mal à vous en raconter plus parce qu'à partir de là, tout s'embrouille. Il attend son frère Claus mais on comprend vite qu'on ne sait plus s'il a inventé son frère ou s'il a réellement existé. On nous raconte des bribes de son enfance qui ont des rapports avec ce qu'on a lu dans le Grand Cahier mais qui sont tout autre.
Alors jumeaux ou pas jumeaux ?
Au fur et à mesure du temps, Lucas grandit, vieillit, reste dans la ville. Et... je ne sais plus trop parce que voilà, tout est embrouillé. Etait-ce un mensonge ? Etait-ce simplement un enfant qui écrit des histoires inventés ? A-t-il raison ?
Je ne sais plus mais je crois que la réponse est dans le 3è volet.

Ce deuxième volet est donc tout aussi bien, avec une forme différente, avec beaucoup de choses qu'on ne comprend plus. Avec des personnages qui ont tous l'air d'être perdus, d'avoir besoin d'aide et qui en même temps, sont tous un peu fous.

Et voilà, le troisième mensonge, comme le dit si bien son titre, va nous apporter la vérité.
Claus revient, cinquante ans après. Lucas est devenu poète. Il a pris le pseudonyme Klaus Lucas. Claus dit qu'il s'appelle Lucas. Ils vont se retrouver.
Claus donne son cahier à Lucas.
Et à nouveau, on retrouve des bribes de leur enfance dont nous avions eu des éléments éparpillés dans La preuve et on comprend tout enfin.

La douleur de leur enfance, "la chose" qui a obligé leur séparation, à 4 ans. Rien de pire pour des jumeaux si proches l'un de l'autre. Et on suit la vie de Lucas, la vraie. Et quand j'écris ces mots, j'avoue que je ne sais plus qui est qui. L'un prend le nom de l'autre. L'un change l'orthographe de son nom.
Ca paraît très embrouillé comme ça, et j'avoue que ça l'est un peu finalement. Mais je pense que c'est fait exprès et ça rend les choses encore plus fortes.


Donc si Le Grand Cahier est un volet de cette trilogie vraiment très dur, avec une écriture simple, et des jumeaux pas forcément si attachants que ça, des personnages à claquer, à pleurer, à fuir, il reste mon préféré.
Parce que le deuxième m'a un peu embrouillée tellement je ne m'y attendais pas et que la troisième m'a un peu lassée même s'il apporte toutes les réponses.
Cette trilogie reste quand même remarquable. Avec un thème fort et une écriture vraiment très simple, ce qui m'a aidé à suivre le fil à peu près...
Ah et j'oubliais que nous ne savons jamais de quelle guerre il s'agit, ni de quel pays,  ni de quelle ville, ni de quelle frontière. C'est la Grand ville, La Frontière, la Guerre, la ville de son enfance, la ville de S. Et comme souvent, ne pas situé ces faits ni dans le temps ni dans l'espace donne un aspect effroyable qui veut dire que ça pourrait arriver à n'importe qui, n'importe où, n'importe quand... Et encore une fois, ça rend les choses encore plus fortes, plus bouleversantes !

Merci donc à nouveau Amanda pour le prêt !

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Ierathel 31/07/2011 14:36


Oeuvre ordurière ou l'on pourra satisfaire ses instincts les plus bas à la lecture de scènes odieuses de cruauté, d'inceste et de zoophilie. Dire que cette oeuvre infâme était admise comme "oeuvre
scolaire" à destination des lycéens. Il y a vraiment quelque chose de pourri au Royaume non de Danemark, mais bien de France !


navarra 25/08/2010 22:47


Donc, au final pour moi, j'estime que ces scènes, qui expriment aussi la détresse de ceux qui les vivent, détresse due en partie au contexte historique, ne sont pas inutiles.


navarra 25/08/2010 22:45


Pour répondre a Laiezza et Emeraude, rapport aux séquences gores du Grand Cahier: moi, ce qui m'a surtout fait tiquer pendant ces séquences, c'était la réaction des jumeaux, ou
plutôt l'absence de réaction et d'émotion des jumeaux, spectateurs de la scène.

Pour moi, cela renforçait l'aspect "inhumain" et "cruel" de Lucas et Klaus dans le premier tome... qui attend d'ailleurs son paroxysme dans le final du premier volet, lorsque meurent successivement
la mère et le père
dans 2 contextes différents.


navarra 25/08/2010 22:31


Pour le contexte historique: l'histoire commence selon moi durant la seconde guerre mondiale, certainement en Hongrie, pour répondre à Amanda.

Effectivement, le contexte n'est jamais explicité, ce qui donne à l'histoire une dimension universelle comme dit. C'est vrai, je n'avais pas vu les choses sous cet angle.

Très beau, effectivement, car au final, chacun attend quelque chose qui ne viendra jamais, Klaus, Lucas, ainsi que leur Mère.

Pour moi, le premier tome est un monument dans la forme, le deuxième est un monument dans l'art de décrire le sentiment de solitude, et le troisième est un monument dans l'art de prendre le lecteur
a contrepied. Car effectivement, à la fin du deuxième volet, toute l'intrigue se renverse. Et l'auteur de reconstituer le puzzle.

Et une phrase de Lucas (le jumeau infirme donc) que je trouve génial, et qui rend l'histoire encore plus sombre: "J'essaye de raconter la vérité dans mes livres, mais elle est tellement
insupportable à écrire, que je finis par embellir le tout..."


Astrid 02/05/2010 19:39


Bonjour Emeraude,
Quand tu as publié ce billet, j'ai noté les références et j'ai imprimé ton billet et je l'ai collé dans mon cahier de lecture.
Je viens de lire les trois livres en suivant et je suis assez d'accord avec toi.
Je vais bientôt publier mon billet sur ces livres et je me permets de te demander si je peux faireun lien vers ton billet ? Je te le demande car c'est la moindre des choses.
Merci de ta réponse et bonne soirée