Rencontre avec mon clone

Publié le par Emeraude

Suite au commentaire d'Anjelica sur mon article "qui sommes nous?" j'ai eu envie de raconter ma rencontre avec mon clone.
Je me suis rendue compte en l'écrivant que ça rejoignais énormément tout ce que nous nous sommes dit suite à cet article et j'ai adoré l'écrire!

Si ça vous amuse aussi, je vous invite aussi à imaginer votre rencontre avec votre clone!

Bonne lecture ;-)

img1670.jpgRencontre avec mon clone

J’ai jeté un coup d’œil furtif à ma montre : 20h15.
Elle était en retard de 15 minutes. Tant pis, j’attendrais 15 minutes de plus et je m’en irai. Cette fille, je ne la connais pas, alors pourquoi attendre seule assise à une table de restaurant toute la soirée, sentant sur moi le regard de pitié des serveurs qui doivent sûrement croire qu’un mec rencontré sur Internet m’a posé un lapin.

J’étais plongée dans mes pensées, jouant du bout de ma fourchette avec les feuilles de salade quand une main s’est posée sur la chaise en face de moi. Elle s’est assise et m’a souri.

J’ai levé la tête, je l’ai regardé dans les yeux, j’ai regardé ses cheveux, ses joues, son menton, son nez, son front. J’ai regardé la manière dont elle se tenait, bien droite sur sa chaise, j’ai regardé comment elle était habillée. Et j’ai laissé tomber ma fourchette dans l’assiette, m’éclaboussant par la même occasion de vinaigrette.

Je le savais pourtant. Je savais ce qui m’attendait, mais je n’aurai jamais pu savoir l’effet que ça me ferait.

Elle me sourit et me dit :
« Moi aussi, ça me fait bizarre ».

Voilà, une fille plus grande que moi, avec les cheveux plus longs que moi, une fille habillée en tailleur jupe et chaussures à talons quand je suis en jean et converse, une fille qui commande un verre de vin rouge quand je ne bois pas d’alcool, une fille qui me ressemble comme deux gouttes d’eau.

« C’est très étrange, dis-je, reprenant un peu le dessus sur mes émotions. C’est comme si je regardais dans un miroir et que celui-ci me renvoyait l’image de celle que j’ai toujours voulue être. »
Car ce n’était pas le fait d’avoir mon sosie en face de moi qui m’avait fait cet effet indescriptible : c’est le fait que cette personne, c’était la version "quatre étoiles" de moi.

Mon sosie, mon clone, appelez le comme vous voulez. En mieux. Une version meilleure.

Elle se mit à me parler de beaucoup de choses, elle était très intelligente, elle me rassurait, elle insistait sur le fait qu’il fallait s’accepter. Elle me disait qu’elle aussi parfois elle avait envie d’être quelqu’un d’autre mais que quand elle regardait sa vie, elle ne pouvait être  plus heureuse, et que si c'était à refaire, elle ne changerait rien.
Elle avait le même âge que moi, étrangement, mais elle était déjà mariée avec deux enfants. Des jumeaux m’a-t-elle dit.

«  -    Quel âge ont-ils ?
- 18 mois. Ils sont adorables tous les deux. Ils ne se ressemblent pas vraiment : l’un aime déjà jouer aux voitures, l’autre mange trois fois plus que son frère… Des petites choses insignifiantes qui prouvent déjà qu’ils ont chacun leur personnalité.
- Vous les avez appelés comment ?
- Thomas et Daniel
- Ah oui ? C’est comme ça que j’aurais aimé appeler mes enfants.
- Etrange coïncidence en effet ».

Le serveur arriva pour prendre nos commandes, il nous dévisagea l’une l’autre, avec un regard un peu étonné, puis nous dit :
« Vous êtes sœurs ? »

Nous avons échangé un regard complice, et puis avons explosé de rire.

Le serveur, légèrement offensé par notre réponse est resté planté là, le stylo a la main, nous montrant clairement que maintenant, il n’attendait plus que notre commande.
Je pris des côtes d’agneau, rosé s’il vous plaît, accompagné d’une purée maison que je savais exquise.
Ma « sœur » pris un magret de canard au foie gras, accompagné de haricots verts frais.

« hum, ça a l’air bon aussi. J’aime beaucoup la cuisine du sud ouest ».

Elle me sourit, mais ne répondit rien. Après notre éclat de rire, je sentis qu’une gêne s’était installée entre nous.

« Qui êtes vous ? » me demanda-t-elle soudainement. Surprise par cette question, je répondis sans réfléchir : « mais vous savez bien qui je suis ! »
«  Non, je veux dire : qui êtes vous vraiment ? Etes vous ma sœur ou non ? »
« Je n’ai jamais eu de sœur, j’étais enfant unique. »
« Moi aussi »
« Je n’ai jamais connu mon père. »
« Je n’ai jamais connu ma mère »
« C’est étrange, on se ressemble comme deux gouttes d’eau, nous avons le même âge, nous ne connaissons pas tout de notre passé me semble-t-il »

Le serveur arriva avec nos plats, interrompant notre conversation qui prenait un chemin très effrayant. Et si ce sosie était bel et bien ma sœur ?

« Vous savez, les jumeaux, c’est génétique.
- Oui, je sais. La mère de mon mari a une sœur jumelle ».

J’avais comme soudain l’espoir que ce moi meilleur assis là, en face de moi, avec une voix toute douce, avec des yeux qui scrutaient tout autour d’elle, avec une élégance extraordinaire, soit ma sœur jumelle.
Si dans la famille de son mari il y avait des jumeaux, alors ses enfants pouvaient venir de là. Et non de chez moi.

La conversation partit à nouveau sur tout et rien : le dernier livre lu, le dernier film vu, les souvenirs d’adolescence, les voyages futurs…
Je me suis rendue compte qu’elle avait tout fait, tout lu, tout vu, alors que nous étions encore très jeunes.
Cette fille-là avait vécu. Elle avait passé son adolescence à s’amuser. Elle avait des tonnes d’amis, elle faisait la fête tous les soirs, elle se soûlait jusqu’à vomir, elle se baignait nue dans la mer, elle s’était même fait faire un percing au nombril ! À côté de ça, elle était brillante en classe, elle avait eu son bac avec mention, elle avait fait des études qui lui avaient plu.
En sortant de ses études pendant lesquelles elle avait eu l’occasion plusieurs fois de partir vivre à l’étranger (un an en ersasmus en Italie, une fois 6 mois à New York pour un stage et une autre fois 4 mois au Japon pour un autre stage), elle avait tout de suite trouvé un travail.
Avec ce travail, elle avait trouvé un mari. Un mari aimant avec qui elle vivait plein de choses.
Et puis elle était tombée enceinte. De jumeaux. Et maintenant, elle avait l'air d'être une maman exemplaire.

Et moi ? Moi j’avais fait quoi pendant tout ce temps ?
J’avais mené une existence normale. Avec des amis oui, avec quelques fêtes par-ci par-là, oui, mais toujours sans alcool (ça c’était mon choix). J’avais eu mon bac du premier coup, j’avais fait des études de langues, j’avais trouvé un travail. J’avais des petits copains qui venaient et repartaient.
Mais il n’y avait rien d’extraordinaire chez moi.

Moi qui écoutait avec admiration l’image de moi que je rêvais d’être.
« Peut-être que nous sommes des jumelles séparées à la naissance, que nos parents ne nous ont jamais dit la vérité, et que nous nous retrouvons aujourd’hui, sœurs et unies pour la vie ! » dis-je d’un seul coup, dans un élan de tendresse et d’amour pour cette femme que je ne connaissais pas, mais que je croyais connaître si bien.
« Et pourquoi pas le médaillon ? » me répondit-il avec un petit sourire moqueur.
« C’est vrai, c’est stupide. C’est quand votre anniversaire ? »
« Le 30 décembre »
« Moi, c’est le 1er janvier »

Nous ne dîmes plus rien pendant un temps. Nous n’étions pas née le même jour, mais à deux jours d’écart. Nous n’étions donc pas jumelles.
J’étais triste et déçue. Mon clone n’est pas ma sœur jumelle. C’est juste un clone, qui n’a pas vécu les mêmes choses que moi, juste une femme qui a la même tête que moi, mais pas la même vie.
Nous nous ressemblons, nous avons même plutôt l’air de bien nous entendre, mais nous ne sommes pas les mêmes. Chacune ses différences et ses particularités. C’est ce qui fait de nous qui nous sommes, non ?

« A quoi pensez-vous ? Vous avez l’air très ancrée dans vos pensées. »

C’est vrai, elle m’avait arrachée de ce questionnement dont les réponses semblaient tout à coup très claires et limpides.

« Je ne sais pas pourquoi je voudrais tant que vous soyez ma sœur jumelle. Je vous admire parce que vous êtes tout ce que j’aimerais être. Et c’est la preuve que nous ne sommes pas pareille. Chacune ses différences et ses particularités. Nous sommes uniques. »
« On peut être uniques et unies, non ? »
« Oui, j’aimerais bien cela. »
« Alors on se tutoie ? »

Mon clone n’était pas peut-être pas ma sœur jumelle. Mais elle était devenue mon amie.

Publié dans Mes écrits

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chrystelyne 12/06/2007 19:10

j'ai bien aimé ce clone qui représente la face cachée de ce que l'on voudrait être et la pointe de jalousie qui finalement débouche sur une amitié où chacune s'accepte telle qu'elle est, là encore un texte intimiste et profond!

cinderela-bis 10/06/2007 11:49

Avec un jeu de retard... volià, c'est fait !
Bon dimanche

anjelica 04/06/2007 12:18

J'ai donc été quelque peu ta muse pendant un instant !

Emeraude 04/06/2007 18:09

Eh oui! alors merci beaucoup ;-) 

cinderela 03/06/2007 17:46

C'est une bonne idée ça... je vais y réfléchir.
Ton texte est super.
Bises

djino 01/06/2007 13:52

Perspective interessante, sujet stimulant... Réalisation soignée... Un bel article que j'ai pris plaisir à lire... Merci ! et merci à ta colloc pour sa réponse, au fait !

Emeraude 01/06/2007 18:17

mais je t'en prie, c'est un vrai plaisir :-)