My grand-mother is a mosquito now

Publié le par emeraude

Désolée pour les non anglophones, mais cet écrit me tient particulièrement à coeur.

C'est donc de ma plume !

Voilà une dizaine de pages sur la mort de ma grand-mère, il y a déjà 2 ans et demi. A l'époque, je vivais en Angleterre, c'est la raison pour laquelle les mots me venaient soit en anglais, soit en français.

Cet écrit n'a jamais été destiné à la lecture d'autrui, ni même d'ailleurs à la publication. C'était juste un moyen pour moi de me défouler. Et finalement, certains de mes proches l'ont lu et comme les critiques ont été positives, je pense que je peux vous le faire lire à vous aussi!

J'espère donc que la plupart d'entre vous sont assez bilingues pour comprendre les émotions qui m'ont traversé à ce moment-là!

Bonne lecture ;-)

Et n'hésitez pas les critiques négatives, ce sont celles qui font le plus avancer!

"MY GRAND MOTHER IS A MOSQUITO NOW

12/09/04

Again, I’m not gonna stop writing. Never. I shouldn’t.
‘Coz I’m gonna spend a few hours stuck in that fucking train, thinking of my grand-mother.
Maminou, ma maminou. Elle est morte. Elle n’existe plus, elle n’est plus.
Elle ne fait plus partie du monde des vivants maintenant.
Je ne sais même pas où elle est. J’espère qu’elle est avec Papy. J’espère qu’elle est heureuse. J’espère qu’elle ne souffrira plus jamais. J’espère qu’elle sourit.

It’s weird this feeling inside. She’s been dead for 48 hours. Last time I saw her was 2 months ago.
It’s Sunday. Since Friday I had some moment when I just forget. And other moments when I couldn’t help bursting into tears and could never stop.

Comme hier soir. C’était affreux pour moi.
Je n’arrêtais pas de penser à ma maminou et au jour où il y a 6 ans de cela, nous avons fêté ses 80 ans. Et je me suis rendue compte que je ne me souviens pas si bien que ça de ce jour là, le 21 juin 1998.
Cela faisait plusieurs mois que cette surprise était organisée. Je ne sais même pas qui en a eu l’idée, peut-être ma cousine Anne. Le 21 juin était un samedi cette année-là. J’étais en 3ème et le lundi suivant, je passais mon épreuve de brevet.
Nous sommes tous allés au Favril samedi matin. Mamie y allait avec Jean Paul et Marie-Christine, comme un week-end normal.
Bien sûr, il y avait Papa, maman, Christophe, Olivia, Agnès et moi ainsi que Marie-Hélène avec Nelly et Sophie, Anne et Alice, Annette. Marraine Simone que je n’avais jamais vu avant et que je n’ai jamais vu depuis. Peut-être y avait-t-il une ou deux autres personnes, des pièces rapportées ou Madame Legneau,, mais sincèrement, je ne m’en souviens plus du tout.
Je sais que c’est Anne qui a organisé les cadeaux.
Une photo aérienne du Favril et une fontaine. Parce que Maminou en voulait une dans le jardin.
Nous attendions qu’elle arrive et évidemment nous étions tous sur le perron prêts à crier « surprise » alors que ce n’était pas elle. Finalement, elle est arrivée, elle est sortie de la voiture et a été tellement surprise qu’on a tous eu peur qu’elle nous fasse une crise cardiaque.
Mais non, elle avait encore 6 ans et une soixantaine de jours à vivre.

Geneviève Milot
21-06-18
10-09-04

Que sera-t-il écrit sur sa tombe ? Beloved mother and grand-mother ? Certainly not.

Au moins, elle sera enterrée au cimetière de Montmartre avec son mari.
Emile Milot
25-09-19
16-12-80
Mon papy que je n’ai jamais connu et que j’ai toujours aimé.

Ma maminou qui m’aidait à faire mes mathématiques quand j’étais petite.
Ma maminou qui savait coudre.
Ma maminou qui ne savait que dire « my tailor is rich » en anglais.
Ma maminou dans son coin de canapé avec un petit cigare, un verre de whisky et sa fille et ses petits-enfants autour d’elle en train de prendre l’apéritif.

Shall I stop writing. No, I think I should go on and on and on.
Because sometimes it hurts to write about people you lost. But this is helping me. At least for the next few hours in that train.
At least I’m not gonna look by the window thinking “my grand-mother is a mosquito now” and start crying without being able to stop.

Last night in the restaurant, a woman was celebrating her 80th birthday. Her name was Kathleen. There was 27 people around her. She had her 4 or 5-year-old grandson in her arms. She was dancing and smiling. She had a pink dress. All I could do was looking at her, trying not to cry.
And I wanted to tell that little boy he should love and cherish her as long as possible.

My grand-mother had 8 grand-children. Only one boy. My brother. Her king. Son petit roi.

Toute mon enfance j’ai entendu maminou dire que quand son petit fils aurait 18 ans, elle l’emmènerait à Venise.
Le 14 mars 1997, mon frère a eu ses 18 ans. Et elle n’a rien dit. Mais tout le monde l’a toujours cru, moi la première. Et il fallait bien que ma maminou réalise son rêve.
Alors à 18 ans, mon frère est allé à Venise avec Maminou. Elle n’avait pas été à Venise avec un autre que Papy il me semble.

Elle va me manquer.
Prendre ma voiture et conduire jusque chez elle à Paris, sans même penser au chemin ; même la toute première fois que j’ai pris le volant parce que je l’ai tellement fait avec ma mère au volant que je connais le chemin par cœur.
Descendre la route des Gardes et tourner à gauche au feu, puis au feu à droite.
Suivre la Seine en passant devant le garage Araujo, prendre l’auto pont, prendre le souterrain direction Quai d’Issy. Toujours tout droit. Passer la station essence Total qui se trouve à notre droite, aller jusqu’au pont du Garigliano où se trouvent les studios de France 2, 3 et 5. Prendre le pont, passer le souterrain. Tourner à droite dans la rue Michel-Ange Molitor.
Aller jusqu’au bout, place Jean Lorrain où il y a le Fétiche, le monoprix que mamie a toujours appelé le prisunic. L’ancien Descamps d’Annette. Le marché le mercredi et le samedi qui nous rend la vie impossible pour se garer. Arriver sur cette place, déjà commencer à chercher à se garer.
Pendant les vacances scolaires, on peut chercher plus près. Aller sur la gauche de la place, et tourner à gauche pour se retrouver rue Poussin.

3 rue Poussin
75016 PARIS

C’est là que maminou habitait. Au 2ème étage.
Dernièrement, la copropriété a changé le code de la porte d’entrée pour 1594. Date de naissance de Nicolas Poussin. C’est écrit en dessous de son nom sur la plaque qui indique que c’est bien la rue Poussin.
Et s’il n’y a pas de place, tourner première à gauche dans la rue Donisetti.
Et s’il n’y a pas de place, tourner encore et encore dans le quartier et prendre autant de temps voire plus pour se trouver une place que pour venir de Meudon à Auteuil.
Si je connais tous les noms de rue c’est parce que j’ai entendu ma mère les prononcer.
Pour moi it’s a familiar neigborhood.
Je sais qu’il faut que j’aille là en passant par là. Je suis toujours allée dans ce quartier. J’ai jamais fait attention aux noms des rues.
Juste la station de métro : Michel-Ange Auteuil, Ligne 9.

How am I going to live without going to see my grand-mother once a week or once every other week ?

This train is fucking slow. I wanna be home with my family .

I wanna see my nanny again. I wanna tell her that I love her and that she never should have died.
I told her when I was a kid that I wanted her to live forever. I thought she could live until my wedding day, until my first child was born. But I’m too young. I’m only 20.
And my grand mother was 86.
She was ill, very ill. It’s better for her to be dead. She doesn’t suffer anymore. She has what she wanted since her husband died 23 years ago.
But my mother is an orphan now.
And I’m still gonna spend 3 weeks in England, not being able to take care of her.

Une page blanche.
Not good.
Just keep filling the paper by words which reminds you of your grand mother.
Why do I feel like I have no memory of her ?
Why do I feel I can only talk about one or two things about her in my whole life ?

Why do we forget ?
I don’t want to forget her. Never ever.
I wanna be with her. Always.

Elle a toujours voulu être un moustique pour pouvoir faire chier les gens.
Si la réincarnation existe, j’espère qu’elle l’est ou qu’elle va le devenir.
And all I can think of now is
She’s dead
She doesn’t exist anymore
She’s not breathing
Her heart stopped
Son cœur a cessé de battre.
My grand mother is a mosquito now
Hope she’s happy ;
Hope she liked her life
Hope she knows she was very much loved by her children and grandchildren.
Hope.
Hope that she would have lived forever so that she could see me growing old.

I know, every human behaviour is egoisitic.
It’s better for her to be dead.
All my life I heard her saying she wanted to be with my grandpa again.
Once she told me that she was still hoping to bump into him at the corner of the street, even after more than 20 years.

Quand elle l’a rencontré, elle travaillait chezibm. Zibéhèm.
Son amie Etiennette lui a dit « c’est pour ça que t’en as choisi un moche » le jour où elle a dit que la beauté ne se mangeait pas en salade.
Pendant la guerre, Papy était prisonnier. Pendant cinq ans. Et pendant cinq ans, maminou l’a attendu. Et elle a arrêté de jouer du violon pour toujours lorsqu’elle l’a retrouvé.

Elle dessinait je crois.
Elle cousait.
Elle voulait relier les livres.
Elle aimait lire.
Son appartement est plein de livres, et tout est noté sur des papiers classés par ordre alphabétique dans une boîte en forme de maison.
Elle a des albums photos du mariage de ses parents jusqu’aux photos numériques de mon père.
Elle a plein de cassettes vidéos.
Tout ça classé par numéro et/ou ordre alphabétique.
Elle a plein de bijou, pour la plupart je les trouve affreux.
Le dernier qu’elle m’a donné, je ne l’ai encore jamais porté. Pourtant je l’ai emmené avec moi en Angleterre.

J’avais envie de m’occuper d’elle ces dernières années quand elle était malade. Je sais qu’elle m’aimait particulièrement parce que je l’aimais particulièrement.
Je l’aime particulièrement.

Maminou.

Avant que je ne parte vivre en Angleterre pour 3 mois et demi (qui se finissent dans 25 jours) maminou m’a dit : « Je vais te dire ce que ton arrière-grand-mère disait à ton grand-père lorsqu’il partait en voyage. Et il voyageait beaucoup. Tu me laisses pour que je puisse mourir. »

Le 16 juillet dernier j’étais à Paris, chez Maminou. J’avais acheté des appareils photos jetables pour prendre des photos de Paris, ma famille et mes amis et les montrer à mes amis en Angleterre.
J’ai pris une photo de ma Maminou en pensant que c’était peut-être la photo de la dernière fois que j’ai vu maminou ; Je me suis levée et je lui ai dit au revoir, comme d’habitude.

Et je ne la reverrai plus jamais !!

Maminou avait ses traditions. Pour chacun de ses petits-enfants elle offrait :
15 ans : un louis d’or
18 ans : un bijou
20 ans : un bijou du musée du louvre.

Depuis que j’ai 18 ans, je n’ai jamais quitté ce bracelet.
Aujourd’hui, j’ai autour du cou cette feuille de saule en argent, et demain aussi.

Demain matin, messe à l’Eglise d’Auteuil, et après on l’enterre au cimetière de Montmartre.

Ma grand mère, ma Maminou m’appelait son petit clown.
Quand j’étais enfant, je souriais tout le temps, pour ne pas pleurer. Et maminou disait « elle se lève avec le sourire, elle se couche avec le sourire, j’aimerais pouvoir être comme elle ».
Et moi, quand j’étais enfant, je disais à maminou que je voulais être à la retraite comme elle, parce que c’est le seul moment de notre vie où on fait ce qu’on veut.

Maminou.
I make a wish.
I wish my grandchildren call me maminou.

Mon petit clown.

Non, c’est trop bizarre. La vie sans aller voir maminou régulièrement, c’est trop bizarre. C’est trop bizarre de se dire qu’elle n’est plus.

Je voudrais dormir mais j’arrive pas.


Je me suis arrêté d’écrire. Je suis arrivée à Paris. Je suis chez moi maintenant, avec ma famille. J’ai parlé avant le dîner avec ma mère. Elle me parlait de maminou, de sa mère, de comment ça c’était passé, de ce qui allait se passer demain. Elle m’a demandé ce que je voulais chez mamie.
Il y avait cette fille que je n’ai jamais vu, Nouriyah qui s’occupait de ma grand-mère. C’est une ancienne élève de ma mère. C’est elle qui était là quand maminou est morte.
Maminou est morte chez elle mais pas dans son lit. Ma mère et sa sœur et son frère ont décidé de faire amener un lit hospitalisé parce qu’elle tombait de son lit, se faisait mal et était incapable de se lever.
Maminou est morte chez elle, dans un environnement familier et connu.
Tous les gens du quartier ont dit à ma mère, oncle et tante que c’était une bonne personne, que c’était un personnage.
Tout le monde l’aimait, moi la première.
Nouriyah a vu que ça n’allait pas. Elle a demandé à Maminou si elle voulait qu’on appelle un médecin. Elle a dit oui. Elle a dit qu’elle n’arrivait plus à respirer alors qu’elle avait de l’oxygène.
Nouriyah a appelé un médecin et ma mère. Quand elle est revenu dans la chambre, elle a vu les yeux de maminou devenir blancs et ses pieds bouger.
And that’s it. It was over.
Son cœur a cessé de battre à ce moment là.
Elle lui a joint les mains et à prié Dieu de la reccueillir.
Je ne suis pas croyante, nor are my grandmother’s children. But she was. And I’m happy that it was a religious person who was there at that moment. It’s good for my nan.

Ma mère m’a dit ce que maminou lui a dit la dernière fois qu’elle l’a vu
« Ceci est la fin de ma vie. Ceux qui ont voulu me faire du mal ont réussi. Ils ont ruiné ma vie. Merci mes amours. »
Solennellement, sur le ton d’une prière. Comme ma mère m’a dit ça, elle s’est mise à pleurer et a dit : « elle est plus là. I’m gonna miss her ».

I’m gonna miss her too. And it’s weird that she’s gone. She’s always been there, being a grandma. Being my favourite grandma.

Demain matin, Maman, Marie-Hélène et Jean-Paul vont au funérarium à 8h30. Ils vont mettre mamie dans le cercueil. Lorsqu’on leur a demandé dans quoi ils voulaient l’habiller, ils en avaient aucune idée. Alors ils ont sorti des vêtements. Plus tard, Agnès s’est rappelé qu’elle avait dit un jour qu’elle voulait être enterré dans un drap blanc.
Désolée mamie.

Quand ils ont demandé à ma mère, oncle et tante ce qu’ils voulaient graver sur la pierre tombale, ils n’en avaient aucune idée.
Ils ne se souviennent plus de ce qu’il y a sur celle de leur père. Alors ils ont dit d’écrire la même chose. Mais peu importe son nom de jeune fille. Papy était tellement important pour elle qu’elle sera à jamais : Geneviève MILOT.

Durant la messe, quelqu’un doit lire quelque chose au début et à la fin, un psaume ou une prière. Je ne sais pas exactement. Si Annette ne vient pas, Nouriyah le fera. Je pense que c’est mieux que ce soit quelqu’un de religieux qui lise cela.
Annette a un cancer et fait de la chimio, ce qui la rend malade 5 jours sur 7. Annette a perdu sa fille quand mamie a perdu papy.
Annette est la meilleure amie de mamie. Elles se sont toujours vouvoyé. Annette est plus jeune d’une dizaine d’années. Annette est ma 3è grand-mère.
Et pour elle j’aimerais qu’elle soit là demain. Pour Annette qui n’a pas pu s’occuper de mamie parce qu’elle même est malade, j’espère qu’elle se sentira suffisamment bien pour assister à la messe et à l’enterrement de maminou.
Une fois que mamie sera enterrée aux côtés de Papy, Anne aimerait que tous les petits-enfants se réunissent pour déjeuner.

Je ne sais pas pourquoi mais ça me ferait plaisir.
Agnès n’en a pas tellement envie parce qu’elle n’a rien à dire à ses cousines. Moi non plus. Mais je sens qu’un rassemblement pour le souvenir de notre maminou qui avait un surnom pour chacun de nous est une bonne chose. Je sens que ça va me faire du bien.

Every human behaviour is egoistic.
I lost a loved person so I am sad and I need to do something that will cheer me up, or at least make me feel better.
That’s why I’m writing now.
Because it makes me feel good.
Because if I write down everything I feel about my grand mother, I will always remember.

I write down so as never to forget. Because I’m afraid to forget ?
I don’t want to forget but I should, otherwise I will just cry my heart out for God knows how long.

Quand ma mère m’a dit qu’il faudrait que je vienne à l’appartement faire une liste de ce que je voudrais, rien ne m’est venu à l’esprit. Ma cousine veut les bracelets qu’elle a toujours porté au poignet. Olivia va prendre des trucs utiles comme des livres ou des outils.
J’ai pensé à tous ces objets inutiles dont je ne ferai jamais rien et qui, pour une raison ou une autre me feront penser à maminou.

Le poème sur les grand-mères qu’il y a à côté de sa porte. « Nobody asked for it yet » my mother told me. And I was really surprised.
And then i just pictured her appartment.
Elle a un trèfle à quatre feuilles, je ne sais pas dans quelle matière. C’est un objet, un presse papier, peut-être.
J’ai remarqué cet objet il y a quelques mois seulement.
Lucky charm from maminou.

La dernière fois que je suis allée chez elle, il y avait cette fleur en peluche. Un tournesol vert et rose en peluche, venant de Kassandra, arrière petite-fille de maminou. Et j’ai adoré cette fleur. Et j’ai pris une photo de la dernière fois que j’ai vu maminou où mamie tient cette fleur contre elle.
Je me doute que ça retournera sûrement là d’où ça vient, mais je le mets sur ma liste, c’est sûr.
Cette fleur, cette peluche que j’ai vu une fois dans ma vie me rappelle ma grand-mère.

Et je me suis souvenu que mamie voulait me donner le jeu de jacquet.
Je ne sais même plus comment jouer à ce jeu.
Mais c’est une belle pièce, un beau jeu. Et maminou wanted me to have it. Je ne sais pas ce que je vais en faire. Peut-être vais-je le garder précieusement, y rejouer et apprendre à mes petits-enfants comment y jouer en leur disant que ça appartenait à ma maminou.
Et quand je serai morte, ce jeu de jacquet aura trois fois plus de valeur à leurs yeux qu’il n’en a pour moi aujourd’hui.
Et il passera de génération en génération, keeping the memory of my grand-mother.
Ma maminou.


Lundi 13 Septembre

Putain, merde ! Ca y est, elle est plus là !
Elle est plus là.
Elle est dans un cercueil, dans une tombe, sous la terre.

C’était déchirant de voir le cercueil arriver, c’était déchirant d’entendre cette messe dite par un curé qui n’en avait rien à foutre, avec le cercueil là, à côté.
Je ne cessais de penser que ma maminou était là, dans cette boîte.
J’ai essayé de l’imaginer et ça m’a fait mal.
Quand j’ai vu le cercueil repartir je criais à l’intérieur : « No, leave her alone ! Laissez-la nous ! Ne l’emmenez pas ! »

C’est pas possible.
C’est trop dur de se dire que maminou est morte.
Elle n’est plus là, elle n’existe plus.

Elle sera toujours vivante dans nos cœurs et dans nos pensées et dans nos souvenirs et dans nos albums photos et dans nos histoires.
Mais elle n’est plus là.
She’s just gone, forever.
She’s not gonna see me on my wedding day, she’s not gonna meet my husband, she’s not gonna see my children.

And my cousins all think the same.
We all have regrets.
Mine is that last time I saw her was 2 months ago. It’s too long.
I didn’t take care of her like everyone else because I was not there. And I could have been ready to do anything.
But mum says it’s probably better for me ‘coz at least she was feeling « good » and she was awake and talking and eating sitting sur son coin de canapé.
And I took a picture.
She had that flower.
I have that now, and I’m gonna take care of that smiling yellow and purple flower that my grand-mother probably forgot really quickly.

I went back to the appartment.
It didn’t hurt.
It was still messy. I opened the fridge to take some water, I used the bathroom… there was life in that appartment.
And I stayed with my mum and her twin sister. They were looking through one photo album, drinking whiskey for their mother’s sake, sitting on these little kids chair that used to be theirs when they were kids.
I was sitting opposite them, on the couch.
And there was an empty space where maminou always sat. Of course, I just hope no one will ever put their ass on my grand-mother’s coin de canapé.

C’était son coin de canapé.

Et maintenant elle est dans un cercueil, dans une tombe, avec Papy, j’espère. Sûrement.

C’est tellement dur de voir le cercueil arriver, repartir, sortir du corbillard et descendre dans la tombe. J’avais envie de me jeter dans tombe et de crier « Non, ne pars pas ! Reste avec nous ! »
Une fois la messe finie, lorsque je suis passée devant le cercueil, je n’ai rien fait. J’ai pensé très fort « je t’aime ». Et j’aurai pu rester là des heures, juste à regarder le cercueil, malgré tout le mal que ça me faisait, à penser très fort « je t’aime maminou ».

Je l’ai regardé monter dans le corbillard, immatriculé 767 PRQ 75. Je ne sais pas pourquoi j’ai retenu la plaque d’immatriculation. C’est comme si je me souvenais toujours de la manière dont elle est partie.

Et au cimetière, ils nous ont donné une rose à chacun. J’avais envie de serrer la rose très fort dans ma main. C’était une belle rose, mais en la serrant, j’aurais aimé que ces épines m’ensanglantent la main.
Cette rose n’avait aucune épine.
J’ai jeté la rose, je ne voyais que la tête du cercueil. Il y avait déjà quelques roses. Je lui ai dit que je l’aimais encore. Je voulais rester là des heures encore. Je voulais jeter quelque chose d’encore plus précieux sur sa tombe. Un poème, un mot, un rien qui serait avec elle pour toujours.

Mais je n’ai rien d’autres que ces pensées pour elle qui ne cesseront pas, je crois.
Même si je vais retourner en Angleterre et vivre. J’ai envie de retourner là-bas avec la fleur, avec toutes les photos de mamie que je peux trouver, avec toutes les histoires que je peux raconter.

J’ai envie de parler d’elle, tout le temps. De ce que je sens et ressens, de ce que je vis et comment je le vis.
J’ai envie d’arrêter tout le monde dans la rue et de leur dire un mot sur maminou, ma mamie qui est partie maintenant. Ma mamie dont je n’entendrais plus jamais la voix.
Ma maminou que je ne reverrai plus jamais et que j’aime tellement.

Ma maminou.

Mardi 14 septembre

Je me suis levée ce matin et j’ai vu cette fleur. Et je me suis dit « Mamie est morte, ça va aller, je vais vire »

Elle est morte mais nous l’avons enterré. Nous l’avons mis dans un cercueil. On a fait un messe pour elle. Sur l’Avé Maria de Guno.
On l’a emmené au cimetière de Montmartre où Papy se trouve.

Non je ne peux pas dire que je suis contente de tout ça. Je ne suis pas heureuse que maminou soit morte. Je ne veux pas que maminou soit dans un cercueil, dans une tombe au cimetière de Montmartre.

Je veux mamie sur son coin de canapé, avec son petit cigare et son whisky.
Je veux maminou en train de râler ou en train de dire des gros mots.
Je veux entendre maminou dire « Non mais tu veux que je te foute une baffe ? »

Je n’ai plus envie de pleurer. J’ai pleuré parce que j’étais loin de ma famille, j’ai pleuré parce que j’étais seule et loin dans cette dure épreuve. J’ai pleuré quand j’ai vu le cercueil arriver parce que je me suis dit « Putain, merde, maminou est là dedans ! mais comment se sent-elle ? » J’ai pleuré quand ils ont emmené le cercueil hors de l’église parce que je voulais qu’il me laisse ma mamie.
J’ai pleuré parce que je ne voulais pas qu’elle parte. J’ai pleuré parce que je voulais que maminou rester la maminou préférée de ses 8 petits-enfants.

C’est notre mamie, laissez-la nous.

Mais maintenant elle est partie pour toujours.
Je ne la verrais plus jamais, je ne verrai plus son cercueil.
Et je crois que je n’irai jamais sur sa tombe. Peut-être vais-je conduire jusqu’à Auteuil et que je resterais bloquée devant la porte du n°3 rue Poussin.

Alors je n’ai plus envie de pleurer. Pourtant je sens quelque chose de bizarre et désagréable à l’intérieur. Evidemment j’ai des regrets.

Parce que je n’étais pas aux côtés de ma maminou lors de ces derniers instants. Je ne parle pas des dernières minutes, mais des dernières semaines.
Je n’ai pas vu mamie pendant deux mois et maintenant elle n’est plus là.
Je n’ai pu m’occuper d’elle, lui rendre visite, lui faire la conversation, lui raconter mes histoires et l’écouter parler de ses souvenirs tronqués par sa mémoire, que je connais déjà par cœur.

Je suis jalouse parce qu’Olivia est allé déjeuner avec elle, chez elle, tous les jours de la semaine pendant tout l’été ou presque.

J’ai envie de dire un très profond et sincère merci à Nouriyah pour avoir été là jusqu’au bout.
Cependant, j’ai ce sentiment d’avoir été lâche et d’avoir abandonner ma mamie pour la fin de sa vie.
Est-ce qu’elle a parlé de moi durant ces deux mois ? Est-ce qu’elle a pensé à moi ?

Je suis désolée mamie. Désolée pour tout ce que j’ai fait qui ne t’as pas plu. Désolée d’être partie pour que tu puisses mourir. Et désolée si mes excuses sont stupides et inutiles.

C’est juste que je ne sais pas quoi dire. En général, on me répondrait de ne rien dire. Seulement je ne peux pas.

Tu es morte mamie. J’ai beau l’écrire, ça ne paraît pas réel. Parce qu’on parle sans cesse de toi. Toi à tes 80 ans, toi avant tes 80 ans, toi quand tu étais malade il y a 2 ans, toi cet été, toi vendredi dernier lorsque tu t’es éteinte. Toi lundi matin lorsqu’on t’as mise dans le cercueil. Toi lundi vers 10h30 lorsqu’on a célébré une messe pour toi. Toi lundi midi lorsqu’on a emmené ton corps auprès de celui de Papy.

J’espère que tu ne nous en veux pas pour la messe. Tes enfants l’ont fait pour toi. Moi, je ne pouvais tout simplement pas écouter ce curé. Cet inconnu.

Je pensais à toi, j’avais les yeux posés sur le cercueil. Je n’ai fait aucune prière parce que je suis pas croyante, mais j’espère que tu as quand même entendu mes pensées.

Je t’aime maminou. J’espère que tu es bien là où tu es.
Et je crois que l’été prochain, on va tous se laisse piquer par un moustique parce que c’est peut-être toi qui revient à nous, tes enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants.

Je pensais que prendre le train en sens inverse, loin de Paris, loin de la douleur de ma mère, me donnerait l’impression de fuir toute cette douleur. En aucun cas.

Je suis dans le train et je n’ai qu’une seule chose en tête, c’est toi mamie, et comment je peux me débarasser de ce sentiment bizarre.

Je n’ai pas le sentiment de t’avoir perdu. Tu es toujours là.

Pourtant, je me répète que tu es morte, que tu as cessé de respirer, et ça ne me fait pas mal comme ça me le faisait avant qu’on t’enterre hier.
Est-ce l’enterrement qui m’a permis de faire le deuil ? Ou alors est-ce que je réalise tout simplement moins qu’avant ?

Can this feeling go backwards ? Like if I don’t realize anymore ? Like if she was still here but I just don’t see her for a very long time, just like the past two months ? Am I just gonna feel like that ? with moments of sadness because I know she’s gonna die and with moments of carlessness because I’m far from her and her illness therefore it is easy to forget ?

No I don’t want to forget.

C’était une mamie géniale.

Maybe I can stop now. Stop writing about her. Stop thinking. Just keep on living.
Because there is life after death. Life of her great grand children for example. Life of a united family happy to be together and laugh together and happy to remember their mother, grand-mother and mother-in-law.

I should just be happy to have know such a granny.
Let’s just hope she has what she always wanted. My grand-father.

I’m gonna miss her.
I love her.

Mamie, merci d’avoir été comme tu as été ces vingt dernières années. Merci d’avoir été toi. Merci d’avoir mis au monde ma mère. Merci d’avoir été une mamie formidable. Merci de m’avoir fait avoir 20/20 en maths quand j’avais 7 ans.

Merci tout simplement.

Si tu es au Paradis, je te souhaite une éternité de bonheur avec Papy, et j’espère te retrouver là-bas.

C’est con, mais je n’arrive pas à dire au revoir.

Tant que cette plume continuera son chemin pendant que je m’éloigne chaque seconde Paris, je n’aurai pas fait le deuil complet.
Il faut que j’écrive le poème que j’aurai du jeter dans la tombe.

Maminou sur son coin de canapé.

Et je reste bloquée, cependant je ne veux pas m’arrêter.

Parce que je dois bien quelque chose à ma mamie pour tout le bonheur qu’elle m’a apporté.
Et finalement j’ai juste envie de la faire revivre par mes souvenirs. Pas de la ressusciter, juste de la faire vivre pour toujours, parce qu’elle sera toujours vivante dans nos cœurs.

Je n’ai pas forcément envie d’écrire souvenirs, même si les mots couchés sur le papier sont immortels. J’ai envie de parler d’elle à mes amis, ma famille, mais surtout à des inconnus qui se souviendront toujours de cette jeune fille un peu perturbée par la mort de sa grand-mère et qui veut la faire vivre en l’insérant dans la mémoire de gens qui n’ont aucun rapport avec elle.

Il y a un magnifique arc-en-ciel.
Peut-être mamie et papy sont entre train de faire du toboggan dessus.
Elle disait toujours qu’il ne cessait de faire le pitre.
Alors ce serait bien le genre à faire du toboggan sur un arc-en-ciel, n’est ce pas ?

Est-ce qu’on redevient enfant quand on est mort ?

Pourquoi j’ai le sentiment de ne pas avoir assez profité d’elle ?
Pourquoi j’ai le sentiment de ne pas avoir passé assez de temps avec elle ?
Pourquoi ma tête me dit qu’il faut que j’arrête d’écrire parce que mon cœur me fait mal mais ma main ne suit pas les instructions de mon cerveau ?
Pourquoi c’est la plume qui me guide alors que la plume me fait mal ?
Pourquoi je ne peux pas éclater en sanglot une dernière fois ?
Pourquoi j’ai personne vers qui me tourner pour leur dire « My granny is dead and I feel weird ».

Why do I feel trapped ?
Trapped in a fucking train ?
But I don’t want to be back in Paris seeing my entire family crying.
I don’t want to see that box again.
I don’t want to remember how I was feeling.
I wanted to run after it.
So why am I writing this down ?

Mamie, please help me !
Come to see me and tell me something.
Just tell me the story of your life and i can keep on with mine.

Et là je suis triste parce que je suis incapable d’écrire la vie de maminou.

C’est comme si je ne me rappelais plus de tout ce qu’elle nous a toujours raconté.
Je me souviens juste qu’elle n’est plus là maintenant.

Et je me sens vide. "

Publié dans Mes écrits

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Anne 12/02/2009 10:21

Elle continue d'exister et continuera toujours.
Par nos souvenirs, nos images, nos sensations, ton texte aussi.
Tu n'étais pas seulement son clown, elle te trouvait aussi très belle.
Elle me manque toujours autant.

Emeraude 19/02/2009 13:43


elle me manque beaucoup à moi aussi et je pense à elle très souvent... merci d'avoi lu ce texte en tout cas ! :-)


djino 29/05/2007 14:46

Et là, comme j'avais pas prévu de kleenex, j'ai l'air con... Mais violemment touché par ton texte. Hop! tu viens de gagner un place dans mes favoris. N'arrêtes pas d'écrire, si l'envie te prends. Et désolé, pour Maminou. Le prochain moustique... je le laisse filer...

Emeraude 29/05/2007 17:38

merci djino ! tes commentaires m'encouragent vraiment. Ne t'en fais pas, je n'arrête jamais vraiment d'écrire, mais en ce moment, je lis surtout. Il y aura peut-être bientôt un autre texte de ma plume sur mon blog, il faut juste que je le travaille encore un peu.Et tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse que tu laisses filer le prochain moustique ;-)